Le coût caché des passoires thermiques : Combien vous coûte réellement un logement classé G par mois en factures

16 mai 2026

Vous vous demandez pourquoi votre facture d’énergie ressemble à une ardoise de restaurant étoilé ? Bienvenue dans l’univers brutal des passoires thermiques, ces logements que l’on qualifie de classés G au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE). On parle souvent de confort, d’environnement, de réglementation — mais le nerf de la guerre, c’est l’argent. Combien vous coûte réellement chaque mois un logement classé G, toutes dépenses confondues ? Pas seulement la facture d’électricité ou de gaz que vous voyez atterrir dans votre boîte aux lettres, mais aussi tous ces frais discrets, cumulés, qui grèvent votre budget sans que vous puissiez mettre le doigt dessus. Dans cet article, on décortique tout, chiffres à l’appui, pour que vous puissiez enfin voir le vrai visage financier d’une passoire thermique.

Qu’est-ce qu’un logement classé G, concrètement ?

La définition technique du DPE G

Avant de parler euros, il faut comprendre de quoi on parle précisément. Un logement classé G au DPE est, dans le langage technique, un gouffre énergétique certifié. Une passoire thermique est un logement dont la performance énergétique est très mauvaise, classé F ou G sur le Diagnostic de Performance Énergétique. Concrètement, cela correspond à une consommation supérieure à 420 kWh d’énergie primaire par mètre carré et par an pour un logement G. Pour vous donner une idée de l’ampleur de la chose, imaginez un seau d’eau percé de mille trous : vous avez beau verser de l’eau dedans (lire : allumer votre chauffage), elle s’échappe immédiatement par toutes les fissures, les murs, les fenêtres en simple vitrage et la toiture insuffisamment isolée. Ces habitations laissent échapper la chaleur l’hiver — et la fraîcheur l’été — presque comme une passoire laisse filer l’eau, obligeant les occupants à compenser avec le chauffage ou la climatisation, ce qui engendre une surconsommation d’énergie pouvant faire grimper la facture jusqu’à trois fois plus que pour un logement bien isolé. C’est précisément cette mécanique infernale qui transforme la vie dans un tel logement en course permanente contre les déperditions thermiques.

Combien de logements classés G existe-t-il en France ?

La mauvaise nouvelle, c’est que vous n’êtes pas seuls dans cette situation. Ces logements énergivores représentent environ 20 % du parc immobilier français. En d’autres termes, un logement sur cinq en France est soit classé F soit classé G — autant de foyers qui subissent chaque mois des factures démesurées. Ce chiffre donne le vertige, surtout quand on sait que derrière chaque statistique, il y a une famille qui doit choisir entre chauffer correctement son logement et mettre de l’argent de côté pour ses vacances ou son épargne. Depuis le 1er juillet 2024, les logements de 40 m² ou moins voient leur mode de calcul de l’étiquette énergie modifié, et cet assouplissement devrait permettre à près de 140 000 logements de sortir du statut de passoire thermique en améliorant leur classe énergétique. Ce sont donc des centaines de milliers de propriétaires et de locataires qui se trouvent dans la situation que nous allons décrire, et comprendre exactement ce qu’ils paient chaque mois est une nécessité absolue.

La facture énergétique mensuelle : le chiffre qui fait mal

Chauffage électrique vs gaz : deux niveaux de douleur

Maintenant, parlons franchement. Combien sort-il réellement de votre poche chaque mois ? La réponse varie selon votre énergie de chauffage, mais dans tous les cas, les chiffres font frémir. Un logement classé G de 100 m² implique un coût d’énergie moyen annuel avoisinant les 7 500 euros, soit une somme représentant le triple de ce que paie un ménage disposant d’un logement bien isolé d’une superficie équivalente. Divisé par 12, cela représente plus de 620 euros par mois uniquement en énergie — avant même de penser à l’alimentation, aux transports ou au loyer. Et encore, ce chiffre peut grimper davantage selon les variations du marché de l’énergie. En 2025, pour l’électricité, le tarif réglementé s’élève en moyenne à 0,2016 € par kWh en option base, ce qui en fait l’énergie la plus coûteuse à l’usage, tandis que le gaz naturel est facturé autour de 0,11 € par kWh. Cela signifie que si votre passoire thermique est chauffée à l’électricité, vous payez la double peine : un logement qui consomme énormément, avec l’énergie la plus chère du marché.

Le calcul mensuel détaillé pour 70 m² et 120 m²

Entrons dans le concret avec des exemples chiffrés. Pour un appartement de 70 m², les dépenses énergétiques annuelles dans un logement classé G oscillent généralement entre 1 800 et 2 500 euros, contre 600 à 900 euros pour un logement classé C ou D. Ce différentiel représente un surcoût annuel de 1 200 à 1 600 euros, soit entre 12 000 et 16 000 euros sur 10 ans uniquement en factures d’énergie. Ramenons cela au mensuel : pour un appartement de 70 m² classé G, vous payez entre 150 et 208 euros par mois en énergie, là où un voisin dans un logement bien isolé paierait entre 50 et 75 euros. Pour une maison individuelle de 120 m², l’écart se creuse encore davantage : les propriétaires de passoires thermiques peuvent dépenser entre 3 000 et 4 500 euros annuels en chauffage, comparé à 1 200 à 1 800 euros pour un logement performant, ce qui représente sur une décennie un surcoût pouvant atteindre 27 000 euros. Autrement dit, pour une maison de 120 m² classée G, prévoyez entre 250 et 375 euros par mois rien qu’en chauffage — une véritable saignée budgétaire mensuelle. Un logement classé en étiquette énergie G peut consommer trois fois plus qu’un logement classé B ou A pour une surface identique.

Les coûts cachés que personne ne vous dit

L’humidité et ses dégâts invisibles

Au-delà des factures d’énergie visibles, un logement classé G génère toute une série de dépenses que l’on ne relie pas immédiatement à la mauvaise performance énergétique — et pourtant, elles en sont la conséquence directe. L’humidité est le premier de ces fléaux silencieux. Un logement mal isolé et insuffisamment chauffé crée les conditions parfaites pour le développement des moisissures, des condensations sur les parois et des infiltrations d’eau. En 2024, les Agences Régionales de Santé ont recensé environ 12 000 signalements liés à l’humidité ou aux moisissures, révélant la persistance de ce problème dans le parc résidentiel français. Ces problèmes d’humidité ne sont pas que des désagréments esthétiques : ils entraînent la dégradation des peintures, des plâtres, des parquets et des meubles, obligeant les occupants à engager des dépenses de rénovation intérieure régulières. La présence d’humidité, même minime, peut entraîner une décote allant jusqu’à 15 % du prix de vente d’un bien, l’acheteur anticipant des travaux coûteux et des risques pour sa santé. En termes de budget mensuel, comptez entre 50 et 100 euros supplémentaires pour l’entretien courant, le remplacement de peintures ou encore les produits anti-humidité — une dépense que les occupants de logements classés G finissent par considérer comme « normale » alors qu’elle est directement liée à la médiocrité thermique du logement.

La surconsommation en eau chaude sanitaire

Autre poste souvent négligé : l’eau chaude sanitaire. Dans un logement mal isolé, les canalisations d’eau chaude traversent des espaces non isolés, perdent de la chaleur en route, et vous obligent à laisser couler l’eau bien plus longtemps avant qu’elle n’arrive chaude à votre robinet. De plus, les ballons d’eau chaude anciens, fréquents dans les passoires thermiques, sont particulièrement énergivores. Le nombre d’occupants influence également la facture, notamment pour la production d’eau chaude sanitaire, et chaque personne supplémentaire ajoute environ 1 500 kWh par an à la consommation totale. Dans un logement classé G équipé d’un cumulus électrique vieillissant et peu isolé, cette surconsommation peut représenter jusqu’à 20 à 30 % de la facture d’électricité totale. Pour une famille de quatre personnes, on peut estimer à 30 à 50 euros par mois le surcoût lié à la seule production d’eau chaude par rapport à un logement équipé correctement. Ce poste passe souvent sous les radars lors de l’analyse des factures, car il se mélange aux autres usages électriques, mais il représente une dépense mensuelle bien réelle et évitable.

L’usure accélérée des équipements

Troisième coût caché et non des moindres : l’usure accélérée des équipements de chauffage. Dans un logement classé G, votre chaudière, votre radiateur électrique ou votre pompe à chaleur travaille en permanence, souvent à pleine puissance, pour compenser les déperditions. Cette sollicitation excessive réduit drastiquement la durée de vie des équipements. Une chaudière qui devrait durer 15 ans dans un logement bien isolé n’en durera peut-être que 8 à 10 dans un logement classé G, parce qu’elle n’a jamais le temps de « souffler ». Il est conseillé de budgéter environ 1 % du prix d’achat annuel pour faire face aux entretiens et rénovations d’un logement. Mais dans le cas d’une passoire thermique, ce taux est souvent sous-estimé : le remplacement d’une chaudière coûte entre 3 000 et 6 000 euros, et les pannes intermédiaires (résistances électriques, joints, brûleurs) s’accumulent au fil des années. En lissant ces coûts sur une base mensuelle, on arrive aisément à 40 à 80 euros supplémentaires par mois imputables à la maintenance et au remplacement anticipé des équipements de chauffage — un poste que les habitants d’un logement performant évitent largement.

L’impact sur la valeur de votre bien

La décote immobilière en 2025

Si vous êtes propriétaire d’un logement classé G, la note ne s’arrête pas aux factures mensuelles : votre patrimoine lui-même se déprécie. Selon SeLoger, les passoires thermiques accusent désormais une décote moyenne de 15 %, soit 452 euros par m² par rapport aux logements classés D. Les logements F ou G affichent une marge de négociation accrue, atteignant 5,9 % pour les passoires thermiques contre 3 % pour les logements classés D. Sur un appartement de 200 000 euros, cette décote représente 30 000 euros de valeur perdue — une somme considérable que l’on peut traduire en coût mensuel implicite si l’on considère qu’elle s’accumule tant que le logement n’est pas rénové. À surfaces équivalentes, un DPE F peut perdre jusqu’à 10 à 15 % de valeur par rapport à un logement classé D, et cette décote peut grimper davantage pour un G, jugé difficile à louer et coûteux à rénover. Les acheteurs potentiels sont devenus très vigilants sur ce point, et les agences immobilières confirment que les logements classés G restent en moyenne bien plus longtemps sur le marché que les autres, ce qui aggrave encore la situation des propriétaires.

Le coût du blocage locatif pour les bailleurs

Pour les propriétaires bailleurs, la situation est encore plus préoccupante. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G au DPE ne peuvent plus être loués, sauf à réaliser des travaux de rénovation. Pour les baux en cours, l’interdiction s’applique lors de leur renouvellement ou reconduction. Ce blocage locatif a un coût direct et immédiat : un appartement classé G qui reste vide pendant 6 mois représente 6 mois de loyer non perçu, auxquels s’ajoutent les charges de copropriété, la taxe foncière et les intérêts d’emprunt éventuels. Le locataire en place peut saisir la justice pour obtenir la réalisation de travaux sous contrainte de temps, voire une réduction de loyer proportionnelle au déficit de performance énergétique constaté. Des dommages et intérêts peuvent également être accordés pour le préjudice lié aux surcoûts de chauffage. Autrement dit, si votre logement G est occupé, votre locataire peut légalement vous demander des compensations financières pour les surcoûts énergétiques qu’il subit — un risque juridique et financier que les bailleurs doivent absolument prendre en compte.

Comparaison chiffrée : logement G vs logement C

Tableau comparatif des dépenses mensuelles

Pour bien visualiser l’écart abyssal entre un logement classé G et un logement classé C, voilà un comparatif concret pour un appartement de 70 m² avec deux occupants, chauffage électrique inclus :

Poste de dépense

Logement classé G

Logement classé C

Surcoût mensuel

Facture de chauffage

180 €

65 €

+115 €

Eau chaude sanitaire

55 €

30 €

+25 €

Entretien / réparations

70 €

25 €

+45 €

Perte de valeur mensuelle

80 €

10 €

+70 €

Frais humidité / moisissures

40 €

5 €

+35 €

Total mensuel estimé

~425 €

~135 €

+290 €

Ce tableau illustre une réalité brutale : habiter dans un logement classé G peut coûter près de 290 euros de plus par mois qu’un logement de performance intermédiaire, toutes dépenses confondues. Sur une année, cela représente près de 3 500 euros de frais superflus, et sur dix ans, plus de 34 000 euros partis en fumée — littéralement. Ces chiffres montrent que la rénovation énergétique n’est pas un luxe réservé aux passionnés de développement durable : c’est un investissement financièrement rationnel, qui se rentabilise bien souvent en moins de 10 ans.

Ce que dit la loi en 2025 et 2026

L’interdiction de location et ses sanctions

Le cadre légal a considérablement durci les obligations pesant sur les propriétaires de passoires thermiques, et il est crucial de le comprendre pour anticiper les risques financiers. Les logements classés G sont interdits à la location depuis le 1er janvier 2025. Les F seront interdits en 2028, les E en 2034. Ce calendrier progressif mais inexorable oblige les propriétaires à agir maintenant plutôt que d’attendre. L’obligation de réaliser un audit énergétique réglementaire s’applique depuis avril 2023 pour les passoires thermiques notées G ou F, et cela concerne principalement les maisons individuelles ainsi que les immeubles en monopropriété. Ignorer ces obligations expose les bailleurs à des risques juridiques concrets : louer un logement classé G depuis le 1er janvier 2025 sans avoir engagé de mise en conformité expose le bailleur à plusieurs types de sanctions cumulatives, notamment la possibilité pour le locataire d’obtenir des dommages et intérêts pour le préjudice lié aux surcoûts de chauffage. En clair, non seulement vous ne pouvez plus louer, mais si vous le faites quand même, vous risquez de payer encore plus cher en indemnités.

La réforme Lecornu : ce qui pourrait changer

Il serait injuste de ne pas mentionner les évolutions législatives en cours. Un projet de loi porté par le Premier ministre Lecornu prévoit de rouvrir la location aux passoires thermiques sous condition d’engagement de travaux sur 3 à 5 ans. Tant que ce texte n’est pas voté, les règles actuelles s’appliquent. Cette piste législative est scrutée de près par les associations de propriétaires, qui arguent que l’interdiction brutale sans accompagnement suffisant pénalise les petits bailleurs aux moyens limités. Cependant, même si cette réforme venait à être adoptée, elle ne supprimerait pas le problème de fond : les logements G continueraient de générer des factures exorbitantes pour leurs occupants, et leur décote immobilière ne ferait que s’aggraver tant que les travaux ne seraient pas réalisés. La réforme Lecornu, si elle offre un délai, ne représente en aucun cas une solution financière : elle repousse simplement l’inévitable pour des propriétaires qui devront de toute façon investir dans la rénovation pour préserver la valeur de leur patrimoine.

Comment sortir du classement G sans se ruiner

Les aides disponibles en 2025 et 2026

La bonne nouvelle dans tout ce sombre tableau, c’est qu’il existe des dispositifs pour vous aider à financer la rénovation. Des aides financières comme MaPrimeRénov’ ou les certificats d’économies d’énergie (CEE) sont disponibles pour alléger la charge des travaux. Ces aides peuvent couvrir une part significative du budget, selon vos revenus et la nature des travaux. Le budget pour rénover une passoire thermique varie de 10 000 à 60 000 euros selon la taille et le type de logement. Avec MaPrimeRénov’, les ménages aux revenus modestes peuvent obtenir jusqu’à 70 % de prise en charge pour certains travaux — isolation des combles, remplacement de chaudière, installation de pompe à chaleur. Le programme MaPrime Logement Décent prend désormais en charge 50 % des travaux anti-humidité, avec un plafond fixé à 25 000 €, et peut être complété par des dispositifs comme l’Éco-prêt copropriété ou les aides Actions Logement. Il serait donc vraiment dommage de ne pas exploiter ces leviers, d’autant que le retour sur investissement, au regard des économies mensuelles réalisées sur les factures, est souvent très rapide.

Prioriser les travaux selon leur impact

Tous les travaux ne se valent pas en termes de retour sur investissement. Si vous devez prioriser, commencez par l’isolation thermique — combles, planchers bas et murs — car c’est elle qui génère les économies les plus spectaculaires. Des travaux sur les combles, les murs ou les fenêtres peuvent réduire la consommation de chauffage de 25 à 30 %, et des aides financières comme MaPrimeRénov’ ou les CEE existent pour accompagner les ménages. Vient ensuite le remplacement du système de chauffage, notamment par une pompe à chaleur air/eau, qui peut diviser par 3 la consommation électrique liée au chauffage. Le coût moyen pour sortir un logement de la catégorie G oscille entre 20 000 et 45 000 euros selon la surface et les travaux nécessaires. C’est un investissement conséquent, c’est vrai — mais quand on le compare aux 290 euros de surcoût mensuel et à la décote de 15 % sur la valeur du bien, l’équation devient rapidement favorable. Pensez-y comme à un placement : chaque euro investi dans l’isolation vous rapporte des économies mensuelles pendant des décennies. Ce type de transformation n’a rien d’exceptionnel lorsque le plan de travaux est cohérent : facture énergétique divisée par deux et valeur de revente en hausse.

 

Vivre dans un logement classé G, c’est un peu comme conduire une voiture avec un réservoir percé : vous payez l’essence, mais une bonne partie s’échappe avant même de vous faire avancer. Entre les factures de chauffage qui peuvent dépasser 620 euros par mois pour un 100 m², les coûts cachés liés à l’humidité, l’usure accélérée des équipements, la perte de valeur immobilière et les risques juridiques pour les bailleurs, le bilan financier réel d’un logement classé G est bien plus lourd que les simples lignes de facturation que vous recevez chaque mois. La différence avec un logement classé C peut atteindre 290 euros par mois, soit presque 3 500 euros par an partis en pure perte. Face à ce constat, la question n’est pas vraiment de savoir si vous pouvez vous permettre de rénover votre logement, mais si vous pouvez vous permettre de ne pas le faire. Les aides existent, les solutions techniques sont éprouvées, et les économies sont au rendez-vous dès les premières années. Alors, prenez votre DPE, appelez un conseiller France Rénov’, et transformez votre passoire en logement performant — votre porte-monnaie vous remerciera.